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Les batailles de Poitiers

Trois batailles

Poitiers se trouve depuis bien longtemps loin des grands champs de batailles où se sont affrontés les États européens aux époques moderne et contemporaine.
Il n’en était pas de même au Moyen Âge, au cours du lent processus qui a conduit de la Gaule, province de l’Empire romain, au royaume de France.
Par trois fois des armées importantes se sont heurtées dans le seuil du Poitou, point de passage le plus commode entre bassin parisien et bassin aquitain, entre le nord et le sud du pays :

507

732

1356

(Adaptation de textes empruntés au livre d’Élisabeth Carpentier,
Les Batailles de Poitiers : Charles Martel et les Arabes en 30 questions,
La Crêche, Geste éditions, 2000, 63 p.
où l’on trouvera une bibliographie indicative).


 

507 : Clovis, roi des Francs affronte Alaric II, roi des Wisigoths


Lors de l’effondrement progressif de l’Empire romain, aux IVe et Ve siècles, les Gallo-Romains ont dû partager leurs territoires et cohabiter avec des peuples migrants dont les principaux sont :

les Wisigoths les plus puissants ; anciennement implantés (418) dans la grande Aquitaine romaine (de la Loire aux Pyrénées), ils ont étendu leur territoire à la Provence et à l’Espagne ;
les Burgondes à partir de 443, dont le royaume couvre un vaste espace des Alpes à la Bourgogne et à la Suisse ;
les Francs qui se fixent en Gaule belgique et progressent vers le sud.
  • Devenu roi des Francs en 481, Clovis donne une forte impulsion à cette expansion vers le sud (vers la Seine, puis la Loire) et vers l’est (les Alamans vaincus à Tolbiac en 486).
     
  • En 507, à Tours, il pénètre en territoire wisigoth et se dirige sur Poitiers où se tient le roi Alaric II.
    Celui-ci sort de la ville et la bataille a lieu à quinze kilomètres de là au Campus Vogladensis (narration de Grégoire de Tours).
    Le combat tourne mal pour les Wisigoths et Alaric aurait été tué de la main même de Clovis.
     
  • En quelques mois, Clovis s’empare du pays, hiverne à Bordeaux ;
    l’année suivante, il prend Toulouse, la capitale, et Angoulême ;
    son fils Thierry soumet Albi, Rodez et Clermont.
     
  • Conséquences
    Après une nouvelle migration, le royaume wisigothique va se reconstituer en Espagne, ne conservant au nord des Pyrénées que la Septimanie (Bas-Languedoc), tandis que Clovis occupe désormais en Gaule une position prééminente reconnue par l’empereur d’Orient, qui lui envoie les insignes du consulat.


732 : Charles Martel affronte l’Émir Abd AL-Rahman


Deux siècles après la première bataille de Poitiers, la Gaule, toujours morcelée, est sous la pression d’une offensive venue du sud, celle des Arabes récemment établis en Espagne.

Les Sarrasins
  • Après la mort de Mahomet (632), une formidable expansion des tribus arabes, fédérées par la nouvelle religion qu’il a enseignée, l’Islam, conduit à la création, aux dépens des empires perse et byzantin, d’un État gouverné, depuis 661, par un calife établi à Damas.
  • En 711, les musulmans débarquent en Espagne ; après la bataille de Guadalete, le royaume wisigothique s’effondre et, en quelques années, est conquise la péninsule ibérique qu’ils vont appeler al-Andalus.
  • En 720, ils commencent la conquête de la Septimanie, qui appartenait au royaume wisigothique et, de là, entreprennent des raids en Gaule où on les dénomme « Sarrasins ».
Les Francs
  • En Gaule, Clovis n’avait pu parachever son œuvre en abattant le royaume burgonde ; en outre, l’unité de son royaume n’avait pas survécu aux partages successoraux à l’intérieur de la dynastie mérovingienne.
  • Au début du VIIIe siècle, la Gaule est divisée en trois royaumes : l’Austrasie au nord-est, la Neustrie au nord-ouest et la Bourgogne au sud-est. Les rois mérovingiens se laissent supplanter peu à peu par une sorte de premier ministre appelé maire du palais.
  • Dans les années 715-720, le jeune Charles Martel devient maire du palais à la fois en Austrasie et en Neustrie ; il s’affirme par des succès militaires sur les peuples germaniques au-delà du Rhin, puis se tourne vers l’Aquitaine où il lance raids et pillages.
L'Aquitaine autonome
  • L’Aquitaine occupe une position particulière en Gaule : terre de conquête, elle n’avait jamais formé un royaume, mais était partagée au gré des successions ou des rapports de force entre les rois ; ce statut à part, appuyé par un fort particularisme et une quasi-absence de peuplement franc, avait conduit au début du VIIIe siècle à l’autonomie sous la direction du duc Eudes. L’Aquitaine se trouva alors sous la double pression des Francs au nord, qui souhaitaient retrouver suzeraineté et tributs, et des Arabes au sud.
  • C’est le duc Eudes d’Aquitaine qui subira le premier choc venu des Arabes ; il leur inflige, en 721, une sévère défaite sous les murs de Toulouse. Ceux-ci n’en continuent pas moins leurs raids sur la vallée du Rhône. Un nouvel émir, Abd al-Rahman, en 732, traverse les Pyrénées à l’ouest et atteint Bordeaux. Eudes est défait.
     
  • Pour sauver l’Aquitaine, il est contraint de faire appel à son ennemi d’hier, Charles Martel. Pendant que celui-ci rassemble des troupes et pénètre en Aquitaine, l’émir atteint Poitiers ; hors les murs, la basilique Saint-Hilaire brûle, mais l’émir ne peut prendre Poitiers, qui est une immense forteresse avec son enceinte datant de l’époque romaine. Après une semaine de harcèlements, la bataille décisive eut lieu au long de la voie de Poitiers à Tours, près du hameau de Moussais, qui a pris le nom de Moussais-la-Bataille.
    Le recoupement de plusieurs sources a permis de déterminer qu’Abd al-Rahman a été tué le samedi 25 octobre 732. Les troupes arabes levèrent le camp dans la nuit qui suivit. C’est Eudes qui se chargera de la poursuite des Sarrasins.
     
  • Conséquences
    Cette expédition d’Abd al-Rahman défaite à Poitiers a un double résultat : d’une part, elle apparaît comme un coup d’arrêt à l’expansion musulmane, d’autre part, Eudes, dont les forces militaires ont été écrasées, d’égal est devenu le client de Charles Martel qui est maintenant le prince le plus puissant de Gaule.
    Son fils, Pépin le Bref, s’appuyant sur cette gloire et cette puissante nouvelle, éliminera le dernier roi mérovingien, Chilpéric III, et se fera proclamer roi des Francs en 751, créant ainsi la dynastie carolingienne.

1356 : Jean le Bon affronte le Prince noir


Une grande bataille se déroule à nouveau près de Poitiers le lundi 19 septembre 1356. Elle oppose le roi de France Jean II, dit le Bon, au prince de Galles Édouard, dit le Prince noir, fils aîné du roi d’Angleterre Édouard III, lui même prétendant à la couronne de France. C’est un épisode d’un conflit qui a ravagé le royaume de France pendant plus d’un siècle : la guerre de Cent ans.

Un conflit dynastique... Après l’extinction de la lignée directe des Capétiens, le plus proche parent (mais par les femmes), Édouard d’Angleterre, avait été écarté de la succession au profit de Philippe VI de Valois, le plus proche parent en ligne masculine.
...féodal et territorial Ce conflit dynastique se surajoute à un conflit féodal et territorial existant depuis le milieu du XIIe siècle : Aliénor, héritière des comtes de Poitou, ducs d’Aquitaine, par son mariage avec Henri II Plantagenêt avait apporté à ce dernier d’importants territoires au titre desquels le roi d’Angleterre était le vassal du roi de France.
  • Une première guerre interminable avait réduit les possessions du roi d’Angleterre à la région la plus proche de Bordeaux appelée la Guyenne.
    Celle-ci servait de base d’opération à des expéditions à cheval, les « chevauchées », dans l’espoir de reprendre les fiefs perdus et d’occasions de butin.
     
  • Après une première campagne en 1346 (Philippe VI battu à Crécy et prise de Calais), les hostilités reprennent en 1355 : pendant que le père Édouard III ravage l’Artois à partir de Calais, le fils, le Prince noir, lance depuis la Guyenne une chevauchée dévastatrice en Languedoc.
     
  • Même schéma en 1356 : le Prince noir se lance en Limousin, Berry et Touraine. Le roi rassemble des troupes et passe la Loire pour couper la retraite que le Prince, numériquement inférieur, ne manquera pas d’amorcer. La manœuvre réussit : les troupes du Prince noir sont accrochées sur la route de Chauvigny à Poitiers le samedi 17 septembre.
     
  • Les deux armées prennent position dans la nuit. Le dimanche matin les préparatifs du combat sont interrompus par l’intervention des légats du pape qui veulent éviter un combat sacrilège et fratricide entre deux princes chrétiens. Les négociations ayant échoué, la bataille a lieu le lendemain près de Maupertuis. Le terrain bocager, coupé de haies, ne favorise pas les charges de la chevalerie française, mais au contraire le tir meurtrier des archers gallois : c’est la déroute.
     
  • À la fin du combat, le roi se trouve encerclé, croit-on, dans le champ Alexandre, à l’ouest de Nouaillé. Il est entouré de quelques fidèles, dont son plus jeune fils, Philippe, qui cherche à le protéger : « Père, gardez-vous à droite ! Gardez-vous à gauche ! ».
    Le roi et son fils sont capturés. S’agissant du plus puissant roi de la chrétienté, cet événement inouï a un immense retentissement. Le sentiment populaire l’impute à la trahison des nobles dont certains, après l’échec des premières charges, ont quitté le champ de bataille.
     
  • Conséquences
    La crise politique, due à l’absence du roi emmené à Londres, est aggravée d’une crise financière, car Édouard III, pour libérer son prisonnier, exige la somme exorbitante de 3 millions d’écus. Pour renoncer à la couronne, il réclame une partie des anciens fiefs français des Plantagenêts : en 1360, le traité de Brétigny les lui accorde (Poitou, Saintonge, Limousin, Quercy, Rouerge et Bigorre), reconstituant ainsi une grande Aquitaine à la tête de laquelle il place le Prince noir, le vainqueur de Poitiers.
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